Une courte histoire du Japon à travers les bâtons (JARA8)

Shogun Minamoto
Figure 1 – Shogun Minamoto no Sanetomo (源 実朝, 1192 –1219) muni de son shaku. Dessin de Goshin 1939.

En relisant le livre de Jean Zin le Tam-bo, le bâton : arme de défense,  je me suis arrêté sur la partie décrivant brièvement l’historique du Jô-Jitsu. Les repères chronologiques ne m’ont pas semblé évidents.  Je me suis donc plongé dans divers documents (en ligne et sur du vrai papier) pour me faire un petit pense-bête. C’est ce pense-bête que je propose de partager aujourd’hui avec les lecteurs du JARA !

 

Les bâtons (Extrait du livre de Jean Zin LE TAM-BO, page 23)
Noms Dimensions (JAP) Dimensions (EUR) Types
Hassaku-Bô 8 Shaku 2,40 m Lance
Rokushaku-Bô 6 Shaku 1,80 m Hallebarde
4 Shaku 2 Sun 1,26 m Grand sabre
Ham-Bô 3 Shaku 0,90 m Sabre
Tam-Bô 1 Shaku 2 Sun 0,36 à 0,50 m Poignard

Si les anciens shoguns et les nobles sont couramment représentés avec leur bâton protocolaire (shaku, 笏), il faut attendre le VIème siècle pour voir le bâton long présenté comme arme de combat. On date donc approximativement la naissance du Jô-Jitsu à cette époque.

Au VIIIème siècle, à l’époque Nara le bâton long et lourd est une très bonne défense contre les armes tranchantes. C’est, on suppose, les techniques de maniement de cet objet qui sont développées.

L’apparition de bâtons plus légers remontent au XIème siècle, quand deux clans s’opposent – La famille Genji qui opte pour la méthode de l’aïki avec toutes les techniques du bâton (Jô) – et la famille Heike qui opte pour des armes lourdes comme des bâtons hérissés de pics de la taille d’une batte de baseball (Kanabô , 金棒) ou bien pesant pouvant être uniquement métallique (Tetsubô , 鉄棒), perser de 20 à 30kg et mesurer près de 4 mètres. Inutile de préciser quel clan fut vainqueur et à quel point cet épisode a pu faire évoluer les techniques de combats au bâton.

Testsubo
Figure 2 – Tetsubô

En 1192, le général Minamoto, du clan Genji, après sa victoire sur le clan Heike, fonde le bakufu, gouvernement militaire censé soutenir le gouvernement impérial et dirigé par un général nommé shogun. Il s’installe à Kamakura qui devient la capitale du Japon. Les arts martiaux ne font alors qu’un, tous développés dans le même esprit. La technique du bâton commence à utiliser les principes de l’aïki, applicables en attaque et en défense, contre les armes type ken ou naginata.

Dates clefs

– 660 Naissance de l’Empire du Japon

Après avoir vaincu le royaume Yamato, le prince Jimmu Tennô monte sur le trône et fonde l’empire japonais. Il descend de la déesse solaire Amaterasu.

594 Le bouddhisme religion d’État au Japon

Le prince régent Shotoku fait publier un décret par lequel il favorise l’enracinement du bouddhisme au Japon en le déclarant religion d’État.

1192 Création du shogunat

Conscient de l’incapacité de l’empereur à diriger le pays, le samouraï Minamoto-no-Yoritomo adopte le titre de shogun. Sans supprimer le gouvernement impérial, il édifie à Kamakura un gouvernement militaire qui exercera le vrai pouvoir. Le shogunat sera le régime officiel du Japon jusqu’à 1867.

1868 Restauration de l’empire au Japon

¬Le dernier shogun de la dynastie Tokugawa renonce à ses fonctions et rend le pouvoir à l’empereur du Japon.

A la suite d’un « coup d’état » en 1333, le bakufu se trouve installé à Muromachi (un quartier de Kyôto et non de Tokyo comme indiqué page 21 du livre de Jean Zin). C’est à partir de cette époque et jusqu’au XVIème siècle que les budo prendront leur classification et leurs spécialisation. De nombreuses méthodes de bô-jitsu se développent utilisant des bâtons de toutes les tailles et de toutes les formes. Le côté spectaculaire a toujours été sacrifié au bénéfice de l’efficacité et de l’étiquette. Le jô, à l’image du katana, est une arme noble méritant le respect.

Muso
Figure 3 – Muso Gonnosuke Katsukichi Katsuyoshi avec un Hassakubô (Akashi, Harima provincie. 1605)

La fin de de l’époque Muromachi (vers 1570), extrêmement troublée, porte le nom de Sengoku-jidai (戦国時代) littéralement âge des provinces en guerre. Elle verra l’arrivée des armes à feu (marins portugais) et consécutivement le développement des arts martiaux. Le jô-jitsu renforce ses techniques par l’apport des écoles Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu (天真正伝香取神道流) et Tsutsumi Hozan Ryu (堤宝山流) dans laquelle on utilisait le rokushaku-bô, le tam-bô et le Kusari Furizue (proche des bolas d’Amérique du Sud).
Au début de la période moderne (1603 – 1868) et par ordre du Shogunat Edo les techniques au Furizue furent interdites car jugées indignes de la morale samouraï. A cette époque, Un membre de la famille Muso, expert en arme, eu une illumination dans un temple shintoïste sur la longueur optimale  du bâton.  Elle fut définitivement établie à 1,26 m : dimension jugée pratique pour se défendre contre le sabre, la lance, les armes courtes ou longues.

Shogun Total War
Figure 4 – La bataille fait rage dans le Japon médiéval (Jeu de stratégie Total war Shogun 2)

 

Chronologie

  • Antiquité (Kodai) 250 –  1185

  • Période Yamato 250 – 645

  • Époque de Nara 710 – 784

  • Époque de Heian 784 _ 1192

  • Période féodale (Chūsei) 1185 – 1603

  • Époque de Kamakura  1192 – 1274

  • Époque de Muromachi  1333 – 1573

  • Époque Azuchi momoyama 1573 – 1603

  • Période moderne (Kinsei) 1603 – 1868

  • Époque d’Edo (Tokyo) / Tokugawa

  • Période contemporaine (Kindai / Gendai) 1868…

  • Ère Meiji (1868)

  • Ère Taishō (1912)

  • Ère Shōwa (1926)

  • Ère Heisei 1989…

Dès lors, la pratique du baton comme art de combat, nommée Muso Ryu Jô-Jitsu, fut intégrée à toutes les méthodes.
En 1897, pendant l’ère Meiji et peu de temps après la guerre contre la Chine (1894 – 1895) le gouvernement japonais décida de regrouper toutes les disciplines martiales dont le Kendo, Juken-jitsu (baïonnette), le Naguinata et le Jô-Jitsu dans une école unique : Le Butokukaï. Celui-ci comporta plus de 5 millions de participants pour 40 millions d’habitants. En 1937, un haut comité fut créé plaçant l’Aïkido et les autres arts martiaux dont le Jô-Jitsu sous la direction de Morihei Ueshiba sensei. La deuxième guerre mondiale et l’occupation du Japon par l’armée américaine eût pour premier effet l’interdiction du Butokukaï. Les disciplines existent aujourd’hui de façon indépendante. Jô, Hambô (bokken) et tam-bô sont intégrés aux pratiques de l’Aïkido.

 Bibliographie / Webographie :

Le TAM-BO, Le bâton : Jean Zin
La mort volontaire au Japon, Maurice Pinguet, Eds Gallimard
L’Histoire du Japon de Michel Vié. PUF collection Que Sais-je ?.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Japon
http://www.wat.tv/video/japon-histoire-dessous-cartes-fdgx_2g1eh_.html
http://www.linternaute.com/histoire/histoire-du-japon/japon.shtml
http://fr.wikipedia.org/wiki/eres_du_Japon