Aïkido et aïkitaï jutsu (JARA10)

Une question revient souvent :  « Ce que vous faites c’est de l’aïkido non ? C’est quoi la différence ? » Voici quelques pistes de réflexion pour vous aider à commenter sur le sujet… La réponse péremptoire du style : «Nous, on est martial, les autres, c’est de la danse», devant être écartée pour deux raisons : d’une part cette dichotomie est simpliste, d’autre part, la différence est loin de résider dans cette simple comparaison…

Des mots rien que des mots

合 ai : union ; harmonie
気 ki : énergie
道 dō : voie (spirituelle)
体 taï : corps
術 jutsu : technique, art

D’un point de vue linguistique, on perçoit déjà la différence. Si l’aïkido et l’aïkitai jutsu possèdent les mêmes principes fondateurs d’union (ne pas s’opposer, rendre l’attaque vaine par sa simple dissolution), il existe une notion spirituelle dans l’aïkido (peu véhiculée par les fédérations européennes) qui est peu ou pas enseignée dans notre école. Néanmoins, selon le principe du yin et du yang dans chaque tout, on discerne une partie de son contraire et l’on ne peut dire qu’une chose soit totalement Yin ou Yang. Une entité est toujours plus Yin ou plus Yang qu’une autre. Alors, on dira que l’aïkitaï jutsu est plus centré sur l’efficacité de la technique et l’aïkido plus centré sur la résolution harmonieuse du conflit naissant.

La naissance de l’Aikitai-jutsu

Satori
Satori, tome 1, Klem Niko, les humanoïdes associés, 2009

L’aïkido comme  l’aïkitai jutsu sont des Budo (bu 武 signifie la guerre et dō 道 la voie). L’aïkido fut fondé par Morihei Ueshiba entre 1925 et 1960 et  officiellement reconnu par le gouvernement japonais en 1940 sous le nom d’aikibudō. L’aïkido a été créé à partir de l’expérience que son fondateur avait de l’enseignement des koryu (écoles d’arts martiaux anciennes), essentiellement le ju-jitsu de l’école daitō ryū, le ken jutsu (art du sabre japonais) et l’aiki jutsu. L’aïkido est donc né de la rencontre entre ces techniques de combat et une réflexion métaphysique de Morihei Ueshiba sur le sens de la pratique martiale à l’ère moderne.
Moriheï Ueshiba entamera la promotion de l’aïkido au niveau mondial et enverra des experts sur tous les continents. En France, Minoru Mochizuki fut le pionnier (1951) suivi par Tadashi Abe (1952) puis Nobuyoshi Tamura (1964). Son fils Kisshomaru poursuivra son œuvre.
Jean-Pierre Le Pierres, expert Fédéral de l’A.R.A., étudia avec Jean Delforge, élève direct de Maître Tadashi ABE, jusqu’en 1975. A partir de 1976 il passe à la FFAB (Fédération Française d’Aïkido et de Budo), en 1980 il entre au GAAN (Groupe Aïkido André Nocquet). En 1987, naît l’EFA (Ecole Française d’Aïkido) qu’il rejoint naturellement. En 1995, voulant insister sur l’aspect martial de son approche, il créé l’ARA « Aïkido Ryu Abe ». En 2008, le terme « aïkido » est abandonné au profit du vocable Aïkitaï Jutsu renforçant encore la notion de martialité au profit de la notion de spiritualité. Jean-Pierre Le Pierres remet alors au goût du jour les « séries » que Tadashi ABE avait créées pour enseigner l’aïkido aux européens. On peut voir, dans cette démarche, un parallèle à celle de maître Tadashi ABE qui, en 1960, rendit ses grades à l’Aïkikaï de Tokyo en disant :  « L’Aïkido que j’ai appris avec O’Sensei était un budo. Depuis mon retour au Japon, je m’aperçois que ce que l’on enseigne ici aujourd’hui n’a plus rien à voir avec cet art martial. Je n’ai plus rien à voir avec vous. Je vous rends mon menjo, certificat de mes grades. »

D’une façon générale, l’utilisation de  » jutsu  » est très fréquente dans les arts de guerre plutôt que « do » (voie au sens spirituel). Cela signifie que les techniques transmises sont des techniques faites pour la survie, le combat véritable, et non pour la compétition ou le perfectionnement de soi-même au travers d’une « voie » (même si cette dimension existe bien évidemment dans notre école). Si les techniques guerrières « jutsu » ont été modifiées pour la sécurité de tous dans les « Budō » modernes, elles doivent, dans notre école, garder leur esprit (atémis, saisie de la trachée, coup de pied,…). D’où une « attitude » demandée dans la pratique de notre art. C’est peut-être là que réside la différence… si tant est qu’il y en ait une, la diversité des courants ne doit pas être perçue comme des dogmes de pensées. Elle doit être vue comme des éclairages variés présentant différentes facettes d’un seul et même art : l’aïkido.

Sources :

http://www.kokorotaijutsu.be/historique/
http://fr.wikipedia.org/wiki/aikido
http://www.aikido.com.fr/Histoire-de-l-Aikido
http://www.aikidonord.com/histoire-de-l-aikido/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Taijutsu
http://www.aikicam.com/

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